damir

 A la mémoire de Hamid Damir

 

Rédouane Taouil

 

Le cœur de  l’ami généreux  est semblable à une porte humble,  entre-ouverte à l'ombre comme au soleil. Sans clé. On y accède comme à un rayon  de lumière, au parfum d'une vague ou d'un foin errant au faîte de l'été, à la largesse d'une natte ou à la lueur d'un cierge qui brave le vent, à la tendresse de bras songés au fil des odes d’amour, à un élan ineffable comme les couleurs d'un papillon. Sans serrure. L'invite est aux épousailles des  entrailles, au partage des pétales et des buissons de l'aurore, de la couvée des ressemblances et de la source des blessures, de la sève des nuages et de l'hymne de l'abeille à l’étoile.

Les mains de l’ami généreux sont comme une treille vêtue des teintes de l’automne. Quand le soir pend comme une grappe, elles tendent haut le vin de l’unisson. Au scintillement des rimes et des chansons du Maroc d’antan, s’épandent les arômes des émerveillements et la tristesse des songes déchus, la tendresse sonore des rires et le soupir des roses jaunies. « Le seul devoir que je me reconnais est celui d’aimer » clame Camus. Cette maxime est l’emblème de l’ami généreux. Telle la flamme des vignes, son visage prodigue l’amitié  en toutes saisons.   A la merci des chemins éperdus,  sa mémoire célébre les doigts mauves et les gouttes d’encre, les envolées des stades du ballon rond et les ondes des saveurs de la radio, le verbe gracieux et des refrains d’une profonde langueur. Dans l’âpre Casablanca où la suie s’abat sur les fanaux, nous sommes seuls dans la pénombre. Pareil au poète du Karnak, l’aube est notre héraut. Les plaines des rêves et les soleils fugaces sont notre demeure. Nos lèvres éconduisent la coupe et nos yeux se refusent à l’oubli. Commensaux, trempons nos cœurs, en louange à l’ami généreux, dans ce chant de Pessoa qui s’élève parmi nous : « Aimer c’est l’innocence éternelle/ et l’unique innocence est de ne pas penser ».

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